dimanche 1 novembre 2009

Qui paiera la baisse d'impôts en Allemagne ?

PAR JEREMY COLLADO


Alors qu'en France tout le monde se réjouit des baisses d'impôts, ou du moins de la volonté de Nicolas Sarkozy de pas les augmenter (Entretien au Figaro, 16/10), les allemands ont la réaction inverse envers la nouvelle politique économique de la chancelière Angela Merkel. En effet, les allemands, qui viennent de réitérer leur confiance à cette dernière, en lui confiant un second mandat, seraient seulement 22 % a jugé la baisse d'impôt « responsable », 69 % se prononçant contre, selon un sondage réalisé pour le magazine « Stern. » Rappelons que ce revirement économique est due en grande partie à la nouvelle coalition gouvernementale, et à la présence des libéraux du FDP dans le nouveau gouvernement Merkel.


Pourquoi un tel désaveu ? Pourquoi un tel retournement de l'opinion publique, qui pourtant avait conscience du programme préconisé par ceux qu'ils ont envoyé au gouvernement, aux côtés de Mme Merkel ? La raison principale réside dans le début de fronde lancé par les Länder, et Christian Wulff en particulier, Président du Land de Basse-Saxe, qui dispose d'un fief régional très puissant. Les différents Présidents de Länder se sont aperçus qu'ils devront assumer pleinement cette baisse d'impôts à leur charge, d'où un mécontentement palpable. Entre les barons régionaux et la chancelière, la nuit de noces semble terminée. Le déficit du à cette baisse d'impôts étant estimé à 24 milliards d'euros d'allégements annuels, les barons régionaux se soucient légitimement de l'équilibre de leur budget.


Même parmi les sympathisants du CDU, le parti de l'actuel chancelière, seulement 26% approuvent la nouvelle politique fiscale. Alors qu'elle se rend à Paris afin de célébrer la commémoration du Chute du Mur de Berlin, et l'Armistice de la Seconde Guerre Mondiale, ce qui constitue par ailleurs un réchauffement des liens franco-allemands, Angela Merkel doit subir une véritable fronde à l'intérieur même de son pays. Un début de mandat houleux, pour la chancelière pourtant reconduite dans ses fonctions.

jeudi 29 octobre 2009

Angela et Nicolas : la réconciliation

PAR JEREMY COLLADO


Angela Merkel, reconduite dans ses fonctions de chancelière par le Bundestag, après sa victoire aux législatives de septembre, a choisit la France comme première destination pour fêter sa victoire. Ce mercredi 28 octobre, elle s'est rendue jusqu'au perron de l'Elysée pour y rencontrer son hôte, Nicolas Sarkozy. Rappelons que ce dernier avait réservé sa première visite à Berlin, quelques jours après son entrée à l'Elysée en 2007. Un symbole de renouveau de l'amitié franco-allemande.


D'autant que la nouvelle politique économique allemande ravit le Président français, qui a salué la volonté de la chancelière de faire le pari de la croissance par la baisse d'impôts. Un revirement en partie du à la nouvelle coalition formée autour d'Angela Merkel, qui doit désormais gouverner avec les Libéraux du FDP, dans un esprit de compromis. Nicolas Sarkozy avait longtemps été accusé par la Commission Européenne, - et les Allemands en particulier -, de laisser dangereusement filer la dette publique. Voilà que la chancelière se résout à adopter la même méthode. Cette convergence fût, durant la visite d'Angela Merkel, un moyen de renouer un lien entre la France et l'Allemagne, dont les relations tumultueuses depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, tendent à se normaliser.


Un symbole encore scella ce réchauffement. Après que le chef d'État français eut affirmé qu'il accueillait «une grande amie», il a ajouté : « J'aurai plaisir à être à tes côtés le 9 novembre à Berlin pour l'anniversaire de la chute du mur. Le 11 novembre, nous serons ensemble à Paris à l'Arc de triomphe", sur la tombe du Soldat inconnu. Pas question de remettre au goût du jour le Traité de l'Elysée, signé en 1963 par Adenauer et le Général de Gaulle. Mais cette célébration sera l'occasion de tester une nouvelle fois la solide relation qu'entretiennent l'Allemagne et la France. Tant dans le souvenir, avec la chute du Mur, que dans l'avenir, avec les perspectives de relance et de réponse à la crise au niveau européen.


lundi 26 octobre 2009

Changement d'adresse

Bonjour à tous,

Pour continuer à me lire, direction sur le site http://www.suite101.fr/, qui m'a embauché cette semaine. J'écrirai une dizaine d'articles par mois environ, sur divers sujets : politique, médias et communication. Ce concept de site participatif né au Canada, à la limite entre journalisme et marketing, vient de lancer sa première version en France.

Je m'apprête dans le même temps à lancer un journal bi-mensuel, Le Hussard, disponible à l'Université Paris II Panthéon-Assas et sur le site internet http://lehussard.info/, à partir du 3 novembre 2009. Réunissant plusieurs étudiants, ce journal se veut un espace de débat et de réflexion.

Merci, à bientôt

vendredi 4 septembre 2009

Face à la crise, tous solidaires


Par Jérémy Collado

Publié dans Paris-Normandie

SOLIDARITE.Le Secours catholique du Havre tiendra un stand les 5 et 6 septembre, à l'occasion de la Fête de la mer.

D'après les analystes, la crise va s'aggraver terriblement dans les prochains mois. Chômage, précarité, difficultés de logement, autant de problèmes pris en charge par les associations, en partenariat avec les travailleurs sociaux. Le Secours catholique du diocèse du Havre met en exergue cette situation inquiétante, qui tend à empirer. « Nos aides financières ont augmenté de 37 % sur la période du 1er au 30 juin 2009, par rapport à l'année précédente », note Ellinor Galichon, sa présidente. Si les besoins restent les mêmes, la demande a sensiblement augmenté. D'où le besoin d'un nouvel appel aux dons et au bénévolat.

Sensibiliser et collecter

La Fête de la Mer organisée les 5 et 6 septembre au Havre et qui accueille pour la première fois les associations, sera l'occasion de mener une action de sensibilisation auprès de l'opinion, sur le stand du Secours catholique. Les bénévoles de l'association communiqueront les chiffres de cette crise sociale sans précédent, et informeront du rôle qu'ils assurent au quotidien : rassurer, accueillir, financer. La crise impose des fonds complémentaires, afin de subvenir aux personnes dans le besoin. « Pour l'instant, nous pouvons pourvoir à leurs besoins, affirme Ellinor Galichon, mais des dons supplémentaires sont indispensables. »

Une action au niveau national

L'action de ce week-end s'inscrit dans une communication nationale qui se tiendra autour du 20 septembre. Cette dernière permettra de rappeler le rôle qu'a eu le Secours catholique durant l'été. En effet, la collecte de fonds et la mission des bénévoles ont permis d'envoyer des familles en vacances, de financer les frais de logement, d'eau ou d'électricité de personnes en difficulté, ou encore de financer des colonies pour enfants et des formations professionnelles pour les adultes.
Une action qui se résume au slogan clair affiché sur le stand : « Face à la crise, tous solidaires. » L'occasion de rappeler, dans une société dominée par l'individualisme - pilier central de notre système économique en crise - certaines valeurs essentielles à la vie commune.

Jérémy Collado

lundi 29 juin 2009

La leçon d'Artaud

PAR JEREMY COLLADO
27/06/2009 Publié dans l'Humanité

Artaud est anti-conventionnel par essence. « Et maintenant, vous tous, les êtres, j'ai à vous dire que vous m'avez toujours fait caguer. Et allez vous faire engruper la moumoute de la parpougnête, morpions de l'éternité. » Cette citation résume l'esprit d'Artaud, à contre-courant du monde occidental dans lequel il vit. Frédéric Neyrat met en lumière ce refus de l'envoûtement, qui pousse les hommes à accepter leur condition. Or, accepter cette soumission, c'est se renier, telle une réaction masochiste : se vouloir du mal. La souffrance du corps du poète relève de cette psychose. L'auteur relie, par des références audacieuses, cette maladie avec les thèses de Michel Foucault, Gilles Deleuze ou Karl Marx, et l'animisme de l'Occident. La mise en perspective de la modernité avec le malaise d'Artaud est saisissant. Il effraie, fait jaillir un portrait cruel des désillusions d'une société post-chrétienne. La leçon d'Artaud peut-elle nous instruire, dans un monde contemporain dont les normes, les conventions et les dogmes deviennent sinon vagues, du moins incompréhensibles ?


"Instruction pour une prise d'âmes, Artaud et l'envoûtement occidental"

de Frédéric Neyrat

Editions de La Phocide, sortie janvier 2009


Manuel de survie à l'usage des taupins

PAR JEREMY COLLADO
27/06/2009 Publié dans l'Humanité


« En France, le diplôme est une épitaphe, au lieu de n'être qu'un épisode. » Angoissant constat d'un élève modèle, dont les parents-profs n'ont cessé de marteler que la voie royale, « Maths Sup, Maths Spé, Polytechnique », était la seule qui vaille (?) L'auteur s'y est engouffré. A 33 ans, il fait le bilan de ces sacrifices. L'espace clos des salles de classes, la compétition acharnée pour l'excellence; et ses travers : suicides, troubles psychiques, dépression. Linmann délie avec truculence les fantasmes de la réalité : les rites du bizutage, le jargon incompréhensible aux profanes, le travail ingrat sont décrits dans un style fin, carré, digne d'un héritier de l'X, doux nom réservé aux promotions de Polytechnique. L'humour relativise le déplacement des corps, qui rend la vie des taupins, ces cartésiens à lunettes, absurde et irréelle. Coupés de toute matérialité, destinés à n'être plus que des esprits. Les anciens élèves de classe prépa goûteront leurs souvenirs, les profanes découvriront l'atmosphère de ces boites à concours. Quant aux futurs taupins, ils garderont précieusement ce manuel de survie, qui les aidera à relativiser leur existence de surdoué.

"Classé X : petits secrets des classes prépa", de Teodor Linmann

Editions La Découverte, sortie 2 avril 2009


jeudi 25 juin 2009

Karachi : une affaire d'Etat ?

Publié dans l'Humanité

L’enquête sur les attentats de Karachi est relancée, après sept années de point mort. Le juge Jean-Louis Bruguière avait privilégié la responsabilité d’Al-Qaïda. De nouveaux éléments mentionnant la possible existence de fonds occultes, font soudainement irruption, impliquant certaines grandes figures de la politique.


Les évènements de Karachi ont tous les ingrédients d’une affaire d’Etat. Pourtant, le juge Jean-Louis Bruguière avait émis l’hypothèse, il y a plusieurs années, d’une responsabilité du groupe terroriste Al-Qaïda. Seul point discordant, personne n’avait revendiqué l’attentat, mais Bruguière ne démordait pas. Les deux islamistes pakistanais soupçonnés d’avoir fomenté cet attentat avaient été arrêtés, condamnés, puis relâchés « faute de preuves suffisantes. » La piste d’une attaque islamiste aveugle ne convainc personne. Le 8 mai 2002, l’attentat qui avait couté la vie à 14 personnes, dont 11 Français de la Direction des Constructions Navales (DCN), 3 Pakistanais et avait fait 12 blessés, était-il extérieur aux manœuvres politiques du gouvernement dans cette région ? Le doute plane encore. La version donnée aux familles de victimes est différente de celle divulguée à l’époque des faits. Aujourd’hui, l'enquête pencherait vers la piste d’une faction proche du gouvernement pakistanais, que ce dernier aurait manipulé.

Les propos de Charles Millon, ex-ministre de la Défense sous Alain Juppé, et ceux prêtés au procureur Jean-Claude Marin, relayés par Reuters, relancent ainsi une affaire restée enfouie dans les cartons noirs de la République. Le dernier document du Parquet de Paris, datant de 2007, met Edouard Balladur au cœur de cette enquête.

Des contrats à la source de l’attentat ?

L’histoire débute avec la signature d’un contrat, le 21 septembre 1994, finalisant la fabrication et la livraison, par la DCN, de trois sous-marins au Pakistan. En marge de ce contrat, se greffent des commissions qui auraient été versés au Pakistan, liées à des ventes d’armes, que Charles Million affirme avoir stoppé peu après sa nomination au Ministère de la Défense en 1995. Cet arrêt brutal correspond, selon Charles Millon, au vœu de Jacques Chirac, élu Président de la République, qui souhaitait stopper le versement des commissions pouvant donner lieu à des rétrocommissions. Ces dernières étant illégales. Les sommes en jeu étaient de 950 millions de dollars. A la DCN, on a toujours était convaincu que ces attentats étaient directement liés à ces engagements contractuels de la France au Pakistan, et à l'arrêt des versements occultes, débutés durant le mandat d’Edouard Balladur comme Premier Ministre.

L'interview de Charles Millon dans Paris-Match accréditent la thèse des représailles, et relancent la suspicion sur un lien entre ce blocage des versements de commissions, et l’attentat commandité contre des salariés de la DCN travaillant sur des sous-marins vendus par la France au Pakistan. Sur l’arrêt de pratiques jugées illégales, comme le versement de pourcentages des commissions à des officines intermédiaires, il répond : « C'était le sentiment du président Chirac, avec lequel j'étais en parfaite adéquation. De plus, dès mon arrivée au ministère, les autorités gouvernementales de plusieurs pays m'ont gentiment signalé ne pas comprendre la persistance de telles pratiques nuisibles à l'image de la France », ajoute-t-il en précisant qu'aucune « menace de représailles n'a été proférée à l'encontre de la France. »

Quel rôle a joué Edouard Balladur ?

Un courrier du Parquet de Paris, datant de 2007, mentionne la société Heine, créée au Luxembourg en 1994 par la DCN et destinée au versement de commissions officiellement légales à l'époque pour faciliter la conclusion des marchés d'armement. Le courrier du procureur envisage un lien avec le financement de la campagne électorale du Premier ministre de l'époque, Edouard Balladur, que dirigeait Nicolas Sarkozy, ministre du Budget de 1993 à 1995. Ce document mentionne l’aval du Premier Ministre et de son Ministre du Budget, et laisse supposer des relations ambigües entre ces commissions et le financement de la campagne présidentielle de 1995. Souvent considérées comme des alibis à la corruption, les commissions ont été déclarées illégales en 2000, alors que les rétrocommissions l’ont toujours été. Ces dernières sont des retours de financement de pays qui ont bénéficié de commissions, aux pays qui leur ont versé de l’argent via les commissions.

A l’époque des faits, Jacques Chirac était soutenu par le RPR, parti qu’Edouard Balladur avait déserté, soutenu par Nicolas Sarkozy, pour faire campagne seul, puis à l’aide de l’UDF, vers l’Elysée. Il ne bénéficiait donc pas du financement de son parti. Celui-ci a nié toute irrégularité, alors que Nicolas Sarkozy a pourfendu des « ragots de journalistes » en qualifiant de « fable » l’ensemble de ce scénario, et demandé que le journaliste l’interpellant sur cette question des commissions puisse fournir des preuves.


Le député Bernard Cazeneuve et le sénateur Jean-Pierre Godefroy (PS) vont demander la création de missions parlementaires sur l'attentat. Alors que Magali Drouet, porte-parole du collectif des familles de victimes a souhaité que la vérité soit mise a jour : « On espère aujourd'hui que l'affaire ne sera pas étouffée. D'autres dossiers de ce genre l'ont été mais là, il y a des familles avec des morts derrière, les politiques sont pas tout seul, a-t-elle déclaré. »

Jérémy Collado

mercredi 24 juin 2009

Quiz : êtes-vous fils de prof ?

(+ réponses annotées et corrections élementaires)


Extrait de « Classé X, Petits secrets des classes prépas » de Teodor Limann.

« Quelle est donc cette culture « profs », à laquelle leurs enfants se reconnaissent immédiatement, reniflant les phéromones indubitables de l’Éducation nationale ? En exclusivité, voici un petit quiz qui vous permettra de découvrir si vous êtes, ou non, fils de profs :


1. Bien que déçu, vous continuez à voter PS (oui, le Parti Socialiste)

Jérémy Collado : Prédestinés à voter pour le Parti (socialiste), les fils de profs peuvent toujours se défaire de cette convention. Car malgré le mythe indubitable de la « reproduction sociale » (et électorale) chère à Pierre Bourdieu, les déterminismes ne sont pas des fatalismes. Les descendants des cadres de l'Education Nationale votent alors soit à gauche, selon leur coeur, en bourgeois auto-catégorisés révolutionnaires. Ils peuvent soutenir Olivier Besancenot, pour changer un système qui pourtant les place plutôt en haut de la hiérarchie initialement. Soit à droite, conformément à un Oedipe qui induit le meurtre de ce que leurs paternels leur inculquent, pour les plus psychologisants. Mais toujours dans une volonté d'indépendance par rapport à l'éducation politique qui leur a été transmis. La base de toute réflexion intellectuelle honnête.


2. À choisir, vous préférez passer vos vacances dans le Finistère plutôt que sur la Côte d’Azur :

JC : En Bretagne, il fait froid, il pleut, et personne ne rêve passer ses vacances sur des plages au sable humide, colonisé par les méduses. Quel ringardisme. Les fils de profs préfèrent largement bronzer au soleil, coupe de champagne à la main, auréolés de leur titre de représentant de la « gauche caviar. » ça en jette, c'est bien connu. Le mythe du fils de profs, provincial et demeuré, à contre-courant de la mode actuelle, pauvre dans ses poches mais riche dans sa tête est, sinon révolu, du moins un cliché. Comme tout être social bien formé, il aime se faire voir. Et pour briser la catégorie dans laquelle on l'étiquetait, celle justement du petit ringard intello, plongé dans ses bouquins, au moment de l'adolescence et de l'âge adulte, il a tendance à en rajouter dans l'apparat. Pour compenser.


3. Vous écoutez le plus souvent France Inter, rarement Europe 1, jamais RTL :

JC : Difficile de répondre par la négation, alors tentons un déplacement. Les fils de profs ne sont pas les seuls à écouter France Inter, vu le faible intérêt des autres radios. Europe 1 est catalogué à droite, alors ils la banissent, pour son manque d'indépendance. RTL est trop lisse, conventionnel, politiquement correct. Le slogan de France Inter résume à lui-seul l'intérêt que portent la nomenklatura de gauche à cette radio : «l'impertinence, la différence, l'éxubérance. » Bref, la non-soumission à l'ordre établi. Pourtant, la réalité est plus nuancée. Panique au Mangin Palace, Nonobstant, la matinale de Nicolas Demorand, les éditos de Bernard Guetta, Stéphane Guillon ou Didier Porte sont plus politiquement corrects que n'importe quel discours de droite gouvernementale. Mais le ton, les fastes élucubrations de cette radio la rendent consubstantielle de cet « esprit de gauche. » Seul Daniel Mermet pourrait prétendre à être de gauche.


4. On trouve dans votre discothèque le dernier album de Vincent Delerm, mais pas celui du Roi Soleil :

JC : Ah, voilà la question qui fâche ! Elle est vite réglée, personne n'écoute Vincent Delerm et sa loghorrée pseudo-décalée. Même la gauche s'en détourne, tellement sa voix est honteuse pour la chanson française. L'intitulé serait plus pertinent si vous citiez Bénabar, le « Sardou de gauche. » Là, je vous suivrai. Delerm, c'est la reproduction sociale sans le talent intellectuel. D'autant que les fils de profs qui écoutent le dernier album de Vincent Delerm approchent plus la cinquantaine que la vingtaine.


5. Vous savez ce que signifient les sigles CAMIF, MAIF, RECTEUR, SGEN et PSU :

JC : Surtout la CAMIF. Rappelons-nous le tollé après l'annoce de sa mis en liquidation, et la menace de sa disparition. «Le » catalogue des profs. Sur ce point, je peux vous rejoindre. Pour les autres, oui, tous ces organismes sont l'apanage des profs, et de leurs enfants. Naturellement. Mais la plupart des fils de profs ne deviennent pas nécessairement profs, alors ils oublient vite ces sigles.


6. Vous êtes déjà allé au moins une fois dans le Massif Central :

JC : Facile. Tous les gens de gauche font de la randonnée. Alors que les droitiers préfèrent se promener sur les Planches de Deauville ? Le côté réservé, la retenue, le refus de l'éxubérance, c'est toujours pareil.


7. Vous estimez qu’une voiture sert avant tout à se déplacer :

JC : Le côté écolo surement. C'est l'opposition classique entre le bling-bling, l'éxubérance, face à une gauche qui refuserait de s'afficher. La Porsche contre la 2CV, la province contre Paris, la retenue contre la fierté d'avoir réussi. La gauche serait beaucoup plus catholique que la droite libérale, finalement.


8. Vous ne dites pas Le Nouvel Observateur, mais L’Obs, et pensez que Le Figaro est un opéra de Mozart :

JC : Mieux, France-Observateur. Mais les vrais gens de gauche lisent L'Express des années 60 et 70. Ils préfèrent son papier jauni au glacé du Nouvel Obs. Le Figaro est honnis, bêtement, car il reste un journal de référence. Un Monde de gauche, en somme : bonnet blanc blanc bonnet.


9. En deçà de dix semaines de vacances par an, vous êtes mal :

JC : Encore un cliché, même si dans toute caricature, il y a une part de vérité. Mes parents m'ont toujours expliqué qu'ils aimaient avoir les mêmes vacances que leurs enfants. Et que le cliché du prof feignant s'arrêtait à la correction des copies et à la préparation des cours. Si la semaine de quatre jours, de quatre heure par jour, est de rigueur, la journée du prof continue tard le soir. Comme les journalistes, les profs sont quotidiennement profs. Ils passent des nuits blanches à rédiger des notes au rectorat, à corriger leurs copies, à éduquer de manière pédagogique leurs enfants.


10. Même si vous dites le contraire, vous seriez contrarié si votre enfant arrêtait prématurément ses études.

JC : Est-ce le propre d'un fils de profs ? Oui, les études sont la plaque tournante de tous les profs, dont leurs enfants héritent. La reproduction sociale, encore.


Conclusion :

Si vous avez dix réponses positives, vous êtes la perle, mais aussi le cas le plus chargé : le double fils de profs par le père et par la mère. Entre huit et dix réponses positives, vous avez l’un de vos deux parents dans l’Éducation nationale, étant précisé que celle-ci se transmet, comme la judéité, davantage par la mère (l’institutrice compte double). En dessous de huit réponses positives, il faut vous rendre à l’évidence : vos parents n’étaient pas professeurs.

En ce qui me concerne, j’appartiens à la première catégorie. Mère institutrice, père professeur de mathématiques, devenu proviseur. L’Éducation nationale était une invitée permanente à table, alimentait nos conversations, les émaillait de ses acronymes. Sans pour autant qu’elle soit clairement exprimée, je ressentais l’importance capitale de l’école, que notre mode de vie contribuait à sanctifier encore davantage.

Les fils de profs ayant grandi à la campagne se reconnaîtront probablement dans ce portrait, sur lequel plane la tutelle symbolique de l’école, de manière d’autant plus écrasante que les autres influences de la vie sociale se font plus rares. L’école m’était tout, avec ma famille, et les deux se rejoignaient, se confondaient presque.

L’école entrait à la maison et la maison entrait à l’école. Comme cela arrive parfois dans les petites villes de province, je passai mon année de CE2 dans la classe de ma mère et, au lycée, manquai de peu mon père comme proviseur. Bref, j’étais perdu pour l’insouciance… »


mardi 23 juin 2009

Frédéric Mitterrand : mets du caviar dans ta Culture !

Frédéric Mitterrand, neveu de l’ancien Président de la République François Mitterrand et actuel directeur de la Villa Médicis a confirmé son arrivée au Ministère de la Culture. A la veille du remaniement, annoncé pour mercredi.

La première tête est tombée. Christine Albanel, victime de son ratage sur la loi Hadopi, doit quitter le gouvernement. Elle cédera sa place à Frédéric Mitterrand, en poste à la Villa Médicis depuis juin 2008. Elle défendra ses convictions jusqu’à demain, ou plus tard dit-elle, mais il est peu probable qu’elle garde une place au sein de l’équipe remaniée. Nicolas Sarkozy avait annonçé de légers changements, le couperet est tombé, c’est un véritable coup médiatique !

Il a réussi son plus joli tour, avec Bernard Kouchner, en s’arrogeant deux des plus belles figures qui incarnent la gauche caviar. Alors que des soupçons pesaient, de la part de militants UMP excédés, sur la réelle utilité de l’ouverture, cette annonce fait figure de surprise. D’autant que le nom de Mitterrand reste attaché à l’oncle du nouveau Ministre, symbole éminent de la gauche française. Nicolas Sarkozy a pêché un gros poisson, et comme à son habitude, cette nomination relève du "gagnant-gagnant."

Le tout-à-l’égo

Frédéric Mitterrand a annoncé son arrivée avant tout le monde, en la qualfiant de "tâche exaltante", qu’il assurera avec "honneur." Certains y verront le signe de son indépendance, bien décidé à ne pas revendiquer son statut de nommé qui lui avait déjà permis d’excercer la fonction de Président de la Villa Médicis, sous l’injonction du chef de l’Etat. Mais cette précipitation est plutôt le symbole de son égotisme qu’un poste de Ministre parviendra peut-être à suffir. Successivement animateur de télévision, écrivain, scénariste, producteur et réalisateur, et désormais incarnation de la culture française, d’aucuns ont peine à croire que cette mission assèchera son besoin de reconnaissance.

Le Ministère de la Culture, d’autant plus sous Nicolas Sarkozy, fait figure de poste-godillot. Le pouvoir n’est plus Rue de Valois, il s’est exilé dans les bureaux des conseillers du chef de l’Etat. Il a déserté, comme dans tous les ministères. Peu se souviennent des différents Ministres de la Culture, à l’exception d’André Malraux, le premier, écrivain et favori du Général de Gaulle, ou encore Jack Lang, figure de proue de l’élite culturelle autoproclamée, à l’origine de la Fête de la Musique. Rien ne laisse présager que le nom de Frédéric Mitterrand figurera dans les annales des différents représentants de la culture française.

La culture est forcément de gauche

Nicolas Sarkozy, par cette nomination, affaiblit encore une fois la gauche ; et démontre que la limite entre cette gauche caviar représentée par Frédéric Mitterand, et l’UMP ; se réduit comme peau de chagrin. Mais le chef de l’Etat avait déjà entamé cette décomposition de l’opposition en désigant Bernard Kouchner, Jean-Marie Bockel, Eric Besson, Fadela Amara ou Martin Hirsch ministres ou haut commissaires. Sa volonté est d’affadir la gauche, mais il sait que la tuer lui serait préjudiciable. Qu’un gouvernement sans opposants n’est plus légitime.

Cette nomination relève d’autre chose que la simple volonté de dézinguer la gauche. Premièrement, Frédéric Mitterrand est-il encore de gauche, ou l’a-t-il déjà été ? A cette question ennuyeuse, il a répondu "je leur laisse [à ceux qui s’interrogent] le soin de répondre à la question." Pour se comparer ensuite à son oncle : "François Mitterrand quand il ne voulait pas répondre ne répondait pas. Je suis pareil." Une habile manière d’esquiver la question, et attiser les doutes. Deuxièmement, elle relève de la logique de Nicolas Sarkozy, qui considère que la culture est nécessairement de gauche. Avec Carla, Frédéric incarne la culture dans toute sa splendeur. Or, cette gauche est-elle encore la gauche ?

Plus rien n’étonne sous Nicolas Sarkozy, pas même la nomination d’un descendant des Mitterrand dans un gouvernement de droite. Etonnant ? "Nicolas Sarkozy a bien été ministre au temps de Mitterrand", a répondu le nouveau Ministre. Ah oui, bien sur.

Jérémy Collado

Où est la boite noire ?

L’enquête sur les causes de la catastrophe de l’AF447 est suspendue à la recherche des boites noires de l’Airbus A330, disparu au large des côtes brésiliennes il y a environ trois semaines. L’émission d’un signal lundi a ravivé l’espoir des enquêteurs et des familles des victimes.

Les boites noires de l’Airbus A330 d’Air France, disparu le 1er juin avec 228 personnes à bord dont 72 français, n’ont pas encore été repérées a indiqué un porte-parole du Bureau d’enquêtes et d’analyses (BEA), mardi matin. Réagissant à une information délivrée sur le site du Monde, il a affirmé qu’ « à ce jour, les enregistreurs de vol n’ont pas été localisés », précisant que « les équipes de recherche vérifient tous les bruits » qui sont captés.

Mardi matin, le Monde écrit sur son site que le signal des boites noires de l’Airbus Rio-Paris avait été « repéré. » Un très faible signal a été émis, capté d’ailleurs par les bâtiments de la Marine française ; mais reste à savoir si ces sons viennent bien des balises de la boite noire de l’avion. A la suite de ce signal, le sous-marin de poche Nautile de l’Ifremer a ainsi effectué une plongée, lundi.

« Ce n’est pas la première fois qu’on entend des bruits. Tous ces bruits, on va les vérifier. Les travaux de recherche continuent », a rétorqué le porte-parole du BEA, en indiquant aussi que repérer signifie localiser. Or mardi matin, elles ne l’étaient pas encore. Cette localisation est difficile, d’autant que les émissions sont « captables » dans un rayon restreint, environ 2 kilomètres. Les fonds marins, à cette profondeur, n’offrent aucune visibilité, ce qui complique encore plus la recherche. Cette dernière mobilise le sous-marin nucléaire français Emeraude, deux remorqueurs de haute mer tirant des sonars au fond de l’eau, ainsi que le navire d’exploration sous-marine « Pourquoi pas » équipé d’un sous-marin et d’un robot.

Aucune cause expliquant la catastrophe n’a encore été avérée, et seules les boites noires permettront d’y voir plus clair. Le temps presse, puisqu’elles émettent un signal pendant un mois. Il reste donc aux autorités une huitaine de jours afin de déterminer leur emplacement et ainsi de faire avancer l’enquête.


Jérémy Collado